Chloé Delbé

Démarche

Mon travail de dessin, de volume et d’écriture propose une déformation des corps, des objets et du langage. Je défigure les corps humanoïdes pour qu’ils deviennent des malades désarticulés, les objets sont composés de matériaux bruts et j’instaure une barrière linguistique en ayant conçu 2 abécédaires et un langage écrit. Puisque, d’après moi, l’image que produit l’écriture est plus impactante et de fait, plus importante que son contenu.Mes tentures sont des morceaux de toiles non enduites que je découpe et que je réassemble pour créer mon support. Je passe une couche de peinture acrylique et par la suite je peux commencer à dessiner aux feutres acryliques. Ces tentures sont saturées de figures entourées ou composées de signes, de motifs et d’écrits. Que ce soit en français ou en créole martiniquais, ce que je dis n’intervient pas toujours pour qu’on me comprenne, mais a un intérêt plus visuel. Pour ce faire, j’utilise 2 abécédaires, c’est-à-dire qu’une lettre équivaut à un signe. Un des abécédaires possède ce qu’on pourrait appeler une traduction, que je peux donner au spectateur si je le souhaite. L’autre me reste personnel. De plus, je travaille sur une langue écrite, c’est-à-dire qu’un mot, un pronom, un temps, équivaut à un signe. La majorité des écritures sont codées ce qui me donne un contrôle sur ce que le spectateur peut comprendre. Grâce à cela, je protège une partie de mon intimité, déjà bafouée.L’écriture devient donc, également, une limite entre le voyeurisme et l’intimité. En effet, je mets en témoin le spectateur, en lui partageant des situations, passées ou actuelles, compliquées pour moi. J’expose ma vulnérabilité : je me confie, je cherche du réconfort, je fais part de mes refoulements, finalement, je lui explique ce que je n’assume pas.Ma façon d’écrire codée permet, d’après moi, de mieux interpréter mes sentiments et ressentis plutôt que les lire directement. J’écris jusqu’à avoir rempli toutes les parties de ma tenture que je voulais. Cela donne des blocs saturés de signes, entourés de figures et de formes. Cette abondance ressemblant à une panique des mots qu’il faut vite écrire, résonne comme un besoin de m’exprimer sans réfléchir, semblable à une perte de contrôle. Le résultat donne un effet proche du motif, un élément graphique que l’on retrouve dans chacune de mes tentures.L’assemblage, la saturation et la répétition se retrouvent également dans mes sculptures. J’assemble des matériaux bruts : du bois récupéré, du fil de fer, des lames de rasoirs et des morceaux de verres. Je casse des morceaux de bois pour les lier avec du fil de fer pour concevoir des objets, non utilisables mais à échelle humaine. Ces objets sont saturés de fil de fer, obtenus par la répétition de gestes : enrouler le fil, lier les lames de rasoirs toujours de la même façon.Le principe de détruire pour réparer est très important dans mes projets : je décompose de la toile pour la rassembler, je fragmente le bois pour le reconstruire, je prends les codes de langue pour les casser. Ce principe me suit également par mes sujets abordés : ce sont des expériences passées souvent négatives amenant à une réparation, c’est-à-dire une forme de catharsis.Je mets le spectateur devant mes tourments quotidiens. J’amène à faire face à ma vision brouillée, se manifestant par une accumulation graphique. Les corps s’entremêlent et l’écriture se confond avec les motifs, recouvrant toute la surface de mon support. Le contrôle est donc nécessaire dans tout ce cumul. Finalement, c’est crypter mes pensées les plus personnelles venant d’événements compliqués, qui me permet de prendre le contrôle sur des situations dans lesquelles je n’en avais pas.

An pa lé écri pou moun li, mé pou moun gadé.Je ne souhaite pas écrire pour qu’on lise, mais écrire pour qu’on regarde.

Approach

My work of drawing, volume and writing proposes a deformation of bodies, objects and language. I disfigure humanoid bodies so that they become disarticulated, the objects are composed of raw materials and I establish a language barrier by having designed 2 alphabets and a written language. In my opinion, the image that writing produces is more impactful and indeed, more important than its content.My two-dimensional work is composed of pieces of uncoated canvases that I cut out and reassemble to create my support. I apply a layer of acrylic paint and then I can start drawing with acrylic markers. These hangings are saturated with figures surrounded or composed of signs, patterns and writings. Whether I write in French or Martinican Creole, I employ two alphabets that I have invented, consequently, a letter is equivalent to a sign. If I want to, I can provide the viewer with a translation for one of the alphabets. The other one remains personal to me. Moreover, I am looking to invent a real written language, so a word, a pronoun, or a verb represents a sign. The majority of the writings are coded, which gives me control over what the viewer can understand. Thanks to this, I protect a part of my intimacy, already violated.Writing becomes a boundary between voyeurism and intimacy. Indeed, I make the spectator a witness by sharing with him past and current deeply intimate and difficult situations. I expose my vulnerability in writing by confiding, seeking comfort, sharing my repressions, and finally, explaining to him what I am not willing to assume.I believe that my coded method of writing is more effective in interpreting my emotions than simply reading them. I completely fill in the different parts of my fabric, that I want with my coded sentences. This gives saturated blocks of symbols, surrounded by figures and shapes. This abundance resembles a panic of words that must be quickly written. It resonates like a need to express myself without thinking, similar to a loss of control. The result gives an effect similar to a pattern, a graphic element that can be found in each of my two-dimensional works.The concepts of assembly, saturation and repetition are also found in my sculptures. I assemble raw materials : reclaimed wood, wire, razor blades and pieces of glass. I break pieces of wood and bind them together with wire to create objects that are unusable but on a human scale. These objects are saturated with wire, obtained through repetitive gestures : winding the wire, binding the razor blades in the same way each time.The principle of destroying in order to repair is very important in my projects : I break down fabrics in order to reassemble it, I fragment wood in order to rebuild it, I take language codes and break them down. This principle also follows me in the subjects I tackle : they are often negative past experiences leading to repair, that is to say, a form of catharsis.I place the viewer before my daily torments. I bring them face to face with my blurred vision, manifested through a graphic accumulation. Bodies intertwine and writing merges with patterns, covering the entire surface of my medium. Control is therefore necessary in all this accumulation. Ultimately, it is by encrypting my most personal thoughts arising from complicated events that I am able to take control of situations in which I previously had none.An pa lé écri pou moun li, mé pou moun gadé.I do not wish to write for people to read, but for people to look.

Expositions / Exhibitions

Exposition collective au 59 Rivoli (2026)
Collective exhibition at 59 Rivoli (2026)

Exposition collective Kourtrajmé au 19M (2025)
Kourtrajmé’s collective exhibition at 19M (2025)

Exposition collective Kourtrajmé aux Ateliers Médicis (2025)Kourtrajmé’s collective exhibition at Ateliers Médicis (2025)

Exposition collective au plateau industriel et technique du lycée Gustave Eiffel (2025)Collective exhibition at the industrial and technical platform of the Gustave Eiffel’s High school (2025)

Exposition collective CPES-CAAP Lycée Gustave Eiffel (2024)CPES-CAAP’s collective exhibition industrial and technical platform of the Gustave Eiffel’s High school (2024)